Santé périnatale : ces signaux d’alerte que la France ne peut plus ignorer

Ce mardi matin, dans son cabinet de Saint-Denis, la sage-femme Aurélie Kombo reçoit sa troisième patiente enceinte de la journée. Trois femmes, trois profils différents, trois niveaux de risque. « Ce qui a changé en dix ans, c’est qu’on suit des grossesses plus tardives, plus complexes », confie-t-elle. Un constat qui fait écho au dernier bilan de Santé publique France.
Les chiffres racontent une histoire moins rassurante qu’on ne l’imagine.
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Un bilan en demi-teinte qui interpelle les professionnels
La France ne figure plus dans le peloton de tête européen sur les indicateurs périnataux. La Cour des comptes a récemment épinglé une situation sanitaire jugée dégradée, malgré des milliards d’euros engagés dans la politique de périnatalité en 2021, selon Vie publique.
Le paradoxe interroge. Avec 678 000 naissances enregistrées en 2023, son plus bas niveau depuis 1945, la France connaît un recul historique de sa natalité.
La baisse du nombre de bébés ne se traduit pas mécaniquement par une amélioration des soins. « Nous voyons des maternités fragilisées, des équipes en tension, et des grossesses qui, elles, se complexifient », observe le Dr Étienne Vasseur, gynécologue-obstétricien à Rennes. Un signal que plusieurs rapports parlementaires reprennent désormais mot pour mot.
Les facteurs invisibles qui pèsent sur les grossesses françaises
Derrière les moyennes nationales se cachent des fractures profondes. Santé publique France note qu’en 2019, le taux de décès périnataux atteignait environ 10 pour 1 000 naissances dans l’Hexagone, contre près de 17 pour 1 000 dans les DROM. Un écart qui ne se referme pas.
Le Sénat va plus loin. Sur la période 2020-2022, la mortalité infantile grimpe à 8 ‰ dans les territoires ultramarins, contre 3,6 ‰ en moyenne nationale. Deux France coexistent, à en croire les données.
À cela s’ajoute un profil de mères qui évolue : âge plus avancé, prévalence accrue du surpoids, du diabète gestationnel, de l’hypertension. L’hémorragie du post-partum concernait une proportion significative des accouchements en 2019 selon Santé publique France. Un chiffre stable, mais qui reste l’une des principales causes de morbidité maternelle sévère.
Ce que les futures mères doivent surveiller dès maintenant
Camille Ferrand, 34 ans, cadre à Bordeaux, enceinte de son deuxième enfant, se souvient d’un premier accouchement marqué par une hémorragie. « Personne ne m’avait vraiment parlé du post-partum. On te prépare à la naissance, jamais à ce qui vient juste après. » Son témoignage rejoint celui de nombreuses patientes entendues par la mission d’information sénatoriale.
Les professionnels rappellent quelques signaux à ne jamais banaliser : baisse des mouvements du bébé au troisième trimestre, maux de tête intenses, œdèmes soudains, saignements. Autant d’alertes qui justifient une consultation immédiate.
La DREES publie désormais ses indicateurs de santé périnatale par département, offrant une lecture plus fine des territoires en tension. Un outil dont les associations de patientes commencent à s’emparer pour interpeller les Agences régionales de santé.
Reste une question suspendue : entre maternités qui ferment, personnel qui manque et grossesses plus fragiles, jusqu’où la France peut-elle encore repousser le moment de regarder ces voyants rouges en face ?



