Budget 2027 : ce que les entreprises redoutent vraiment (et personne n’en parle)

Ce mardi matin, dans son bureau d’une PME de mécanique de précision installée à Cluses, en Haute-Savoie, Philippe Rambert, 54 ans, dirigeant de 38 salariés, a refermé son ordinateur d’un geste sec. La note interne de son cabinet comptable venait de tomber : « prévoir une hausse significative des charges patronales en 2027 ». Aucun chiffre officiel. Juste un pressentiment qui gagne du terrain.
Et il n’est pas seul à sentir le vent tourner avant même les annonces.
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Un silence de Bercy qui en dit long sur les arbitrages à venir
À l’heure où les équipes du ministère de l’Économie affinent leurs projections, les dirigeants scrutent chaque déclaration ministérielle. Rien ne filtre officiellement sur le prochain projet de loi de finances. Mais dans les fédérations patronales, on parle déjà d’un « automne à haut risque ».
Le baromètre Grant Thornton livre un premier signal. 71 % des dirigeants d’ETI se disent confiants dans leur propre entreprise, mais le chiffre a perdu cinq points en un mois. Plus révélateur encore : à peine un patron sur quatre juge la confiance élevée dans l’économie française.
« Ce qui inquiète, ce n’est pas ce que Bercy dit. C’est ce que Bercy ne dit pas », observe Léa Fontanier, économiste au cabinet Astères, qui décortique les signaux faibles envoyés par l’exécutif depuis janvier.
Cotisations, aides supprimées : le scénario noir des patrons
Dans les cercles patronaux, un mot revient : rabot. Rabot sur les allègements de charges sur les bas salaires. Rabot sur le crédit d’impôt recherche. Rabot sur les aides à l’apprentissage, déjà entamées l’an dernier.
Karine Delaunay, 47 ans, patronne d’une agence de communication de 12 salariés à Rennes, se souvient : « En 2024, on a perdu des milliers d’euros d’aide sur un contrat d’alternance. Si ça se reproduit en 2027, j’arrête d’embaucher des jeunes. Point. »
Le climat est encore plus tendu chez les plus petites structures. D’après le baromètre Fiducial/IFOP, 84 % des dirigeants de TPE se disent pessimistes sur le climat général des affaires. Et la défiance envers l’exécutif atteint des sommets : près de neuf patrons sur dix déclarent ne pas avoir confiance dans les mesures économiques du gouvernement.
« On a l’impression d’être la variable d’ajustement permanente », déplore un dirigeant de fonderie interrogé sous couvert d’anonymat.
Les signaux qui annoncent un automne fiscal tendu
Les secteurs industriels en difficulté – automobile, chimie fine, textile – n’ont reçu aucune garantie de maintien des dispositifs de soutien votés en 2024. Les fédérations réclament des engagements écrits. Silence radio.
Les cabinets de conseil, habituellement bien informés, ont commencé à recommander à leurs clients de constituer une trésorerie de précaution supplémentaire. Du jamais vu à ce stade du calendrier budgétaire.
Selon l’étude PwC, seuls 24 % des dirigeants français se disent très confiants sur l’évolution de leur chiffre d’affaires cette année. Un plancher historique qui traduit une chose : l’incertitude fiscale pèse désormais autant que la conjoncture.
Le Dr Antoine Vasseur, chercheur en économie publique à Sciences Po, résume l’ambiance : « Les patrons ne demandent pas moins d’impôts. Ils demandent de la lisibilité. Et c’est ce qu’ils n’ont pas. »
Philippe Rambert, lui, a repris son ordinateur. Trois recrutements étaient prévus pour la rentrée. Il en fera un. Peut-être deux. Le troisième attendra les annonces de septembre – si elles arrivent.



