Retraite : les nés en 1964 peuvent partir 9 mois plus tôt (et personne n’en parle)

Ce mardi matin, en épluchant son relevé de carrière sur le site de l’Assurance retraite, Bernadette Lefranc, 61 ans, aide-soignante à Amiens, a manqué de tomber de sa chaise. Sur l’écran, une date de départ avancée de trois mois. Trois mois qu’elle ne pensait plus jamais récupérer depuis la réforme de 2023. Elle n’est pas la seule concernée.
Le gel de la réforme voté fin 2025 vient de rebattre discrètement les cartes pour toute une génération.
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Trois mois de moins, un trimestre en cadeau
Les assurés nés en 1964 pourront partir à 62 ans et 9 mois à partir du 1er septembre 2026, au lieu de 63 ans prévus par la réforme Borne.
Le gain ne s’arrête pas là : la durée de cotisation exigée pour le taux plein redescend de 171 à 170 trimestres, selon les données de la CNAV.
Un trimestre en moins à cotiser, trois mois de moins à attendre. « Sur une carrière longue avec des interruptions, ce trimestre récupéré peut faire basculer un dossier vers le taux plein », observe Étienne Raverdy, conseiller retraite dans un cabinet lyonnais. Le gel court, selon l’OFCE, jusqu’au 1er janvier 2028. La fenêtre est étroite.
Pourquoi personne n’en a parlé
À l’heure où les débats budgétaires monopolisent l’attention, la mesure est passée sous les radars. Aucune campagne d’information massive, pas de courrier automatique de la Caisse nationale d’assurance vieillesse aux assurés concernés. Les principaux intéressés découvrent la nouvelle par hasard.
« On a des adhérents qui ont acté leur départ en janvier 2027 sur les anciennes règles, sans savoir qu’ils pouvaient partir trois mois plus tôt », déplore Nadia Keroual, permanente dans une association de défense des retraités à Nantes.
Le premier trimestre 1965 est également concerné : âge légal figé à 62 ans et 9 mois, au lieu des 63 ans et 3 mois prévus. Un couac de communication qui pourrait coûter cher à ceux qui ne vérifient pas.
Le réflexe à avoir avant l’été
Première étape : se connecter à son espace personnel sur info-retraite.fr et demander une estimation actualisée. Le simulateur intègre désormais les nouvelles bornes.
Deuxième étape : contacter sa caisse pour valider les trimestres manquants – service militaire, congé parental, périodes de chômage non indemnisé.
Michel Vasseur, 61 ans, ancien technicien télécom près de Rennes, raconte : « J’ai découvert que trois trimestres de service militaire n’avaient jamais été reportés. Avec le nouveau calcul, je partirai finalement en septembre 2026 au taux plein. » La régularisation prend souvent plusieurs mois. Autant s’y prendre maintenant.
Ceux qui veulent lisser la baisse de revenus prévisible peuvent ouvrir un Plan Épargne Retraite avant le départ effectif, une piste souvent négligée dans la préparation du dossier.
Combien seront-ils, ces nés en 1964, à laisser filer trois mois de liberté par simple manque d’information ?



