Industrie

Pénurie de composants : ces usines européennes qui risquent de s’arrêter dans les semaines à venir

Ce mardi matin, dans son bureau vitré qui surplombe l’atelier de montage d’un équipementier automobile près de Valenciennes, Thierry Lacombe, 54 ans, directeur de site, fixe son écran. Trois lignes à l’arrêt. Une quatrième qui tourne au ralenti, faute de microcontrôleurs livrés à temps. « On tient encore deux semaines, après on coupe », lâche-t-il.

Ce scénario se rejoue ailleurs en Europe. Plus vite que prévu.

Une usine européenne sur trois déjà touchée par les retards

Les remontées de terrain dressent un tableau sombre. D’après une étude relayée ces dernières semaines auprès des fédérations industrielles, 37 % des sites de production européens signalent des retards d’approvisionnement sur des composants critiques, en particulier les semi-conducteurs et certains connecteurs spécifiques.

Du jamais vu depuis la sortie du Covid.

La Cour des comptes européenne rappelle un chiffre qui pèse lourd dans la balance : l’Union européenne dépend à 23 % des importations extra-UE pour sa demande de puces. Une vulnérabilité structurelle qui ressurgit à chaque tension géopolitique. « Nous n’avons pas de marge », confie un cadre de la filière électronique joint ce week-end. Les stocks tampons ont été grignotés mois après mois.

Pourquoi la crise frappe maintenant – et qui en profite

Le moment n’a rien d’un hasard. À l’heure où les commandes automobiles repartent timidement et où les industriels de la défense doublent leurs cadences, la demande mondiale en composants explose.

Sauf qu’en face, l’offre ne suit pas. Et ne suivra pas avant un moment.

« Construire une fab, c’est quatre à cinq ans minimum, du premier coup de pelle à la première puce », rappelle Hélène Rieffel, économiste industrielle dans un cabinet parisien spécialisé. La Commission européenne vise 20 % de la production mondiale à l’horizon 2030 avec le Chips Act. Mais en attendant, l’Asie tient le robinet. Et les arbitrages se font ailleurs : priorité aux serveurs IA, qui paient mieux. Les puces banales pour airbags ou capteurs de freinage passent en bout de file.

Sur le terrain, certains secteurs industriels menacés commencent à activer le chômage partiel par anticipation.

Les trois filières où l’arrêt de production se rapproche

Trois familles d’usines concentrent aujourd’hui l’inquiétude. L’automobile d’abord consomme une part importante des semi-conducteurs mondiaux. Chez les équipementiers de rang 1, plusieurs sites en France, en Allemagne et en Slovaquie évoquent des arrêts techniques possibles dès la fin du mois. La paralysie de l’industrie automobile française n’est plus un scénario théorique pour les syndicats.

L’électronique grand public ensuite. Lave-linge connectés, box internet, électroménager intelligent : les composants manquent. Un cadre d’un fabricant installé près de Lyon le résume sans détour. « Nos clients vont voir des rayons à moitié vides avant Noël si rien ne bouge. »

Les batteries enfin. Les gigafactories européennes en cours de montée en cadence se retrouvent en concurrence frontale avec l’automobile thermique pour les mêmes composants de gestion. Un casse-tête de plus pour des fabricants déjà fragilisés.

Reste une question, qui flotte au-dessus des ateliers comme une brume tenace : si la pénurie s’installe vraiment, qui décidera, et selon quels critères, des usines qu’on laisse tourner – et de celles qu’on éteint ?

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Stéphane Lavorel

Hello, je m'appelle Stéphane et je suis un vrai Haut Savoyard ! Je m'intéresse à pas mal de sujets dans la vie car je suis très curieux. Dès que j'ai une idée ou une reflexion, j'en profite pour alimenter ce modeste blog qui a vocation à laisser mes écrits sur la toile. Ayant fait de longues études, j'ai toujours aimé rédiger donc c'est avec toute humilité que je vous propose de me suivre sur des sujets qui me passionnent. Parfois je fais collaborer des amis à la rédaction d'articles. Bonne lecture à tous.
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