Chimie européenne : cette liste de 47 molécules qui change tout face à la Chine

Ce mercredi matin, dans son bureau de Carling, en Moselle, Thierry Delaunoy, 54 ans, délégué syndical dans un site pétrochimique, a reçu la nouvelle par un simple mail. Bruxelles venait de publier sa liste. 47 molécules jugées critiques, à protéger coûte que coûte face à la Chine. « On attendait ça depuis quatre ans », souffle-t-il.
Un signal politique majeur, dont les contours restent encore flous pour les salariés concernés.
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47 molécules sous haute protection : la liste qui fait trembler Pékin
La Commission européenne a dévoilé, selon le Figaro, un inventaire précis de familles chimiques jugées stratégiques.
Parmi elles : des intermédiaires pour la défense, des précurseurs pour les batteries, des molécules pharmaceutiques, des composés pour les industries vertes. Bref, la colonne vertébrale invisible de l’économie européenne.
Ce qui n’avait pas filtré jusqu’ici, c’est l’ampleur du décrochage. D’après France Chimie, plus de la moitié des familles de molécules ne sont désormais plus produites en Europe.
Un seuil franchi pour la première fois en 2024. Pékin concentre près de la moitié du marché mondial, contre à peine une fraction pour le Vieux Continent.
La liste bruxelloise, elle, fixe un cap : relocaliser, taxer les importations massives, soutenir financièrement les sites menacés.
Pourquoi l’Europe a attendu si longtemps pour réagir
« On a vu le mur arriver pendant des années sans que personne ne freine », déplore Hélène Marchetti, économiste à l’Institut d’études industrielles de Lyon.
Les chiffres lui donnent raison. La chimie européenne tournerait aux trois quarts de ses capacités, selon la CFE-CGC Chimie, avec près d’un dixième des capacités déjà annoncées en fermeture depuis 2022.
Derrière ces pourcentages, des visages. Près de 20 000 emplois directs auraient été menacés sur le continent depuis trois ans, à en croire IndustriAll Europe.
En France, la filière pèse des dizaines de milliers d’emplois directs. En Lorraine seule, plusieurs milliers de postes directs et presque le double en induits.
Les causes du retard européen tiennent à un cocktail connu : prix de l’énergie, normes environnementales lourdes, absence de politique commerciale offensive.
Pendant que l’Europe hésitait, la Chine subventionnait. Le réveil est brutal. Il arrive à l’heure où plusieurs usines européennes menacées d’arrêt enchaînent les plans sociaux.
Ce que ça change pour les usines françaises et votre quotidien
Sur le terrain, l’annonce est accueillie avec un mélange d’espoir et de scepticisme. Thierry Delaunoy, lui, veut y croire.
Mais il se souvient des promesses passées. « À chaque crise, on nous dit que l’Europe va bouger. Puis plus rien. Là, il y a une liste. C’est déjà ça. »
Bruxelles envisage des droits de douane ciblés, un fonds de soutien à la relocalisation et un mécanisme d’achat prioritaire européen.
Des mesures qui rappellent celles débattues sur les taxes sur les importations pharmaceutiques.
L’effet pourrait se faire sentir sur les étiquettes. Médicaments, cosmétiques, peintures, plastiques alimentaires : tout ce qui dépend de ces précurseurs chimiques pourrait voir ses prix bouger.
À la hausse d’abord. Puis se stabiliser si la relocalisation tient ses promesses.
Reste une question que Thierry glisse en raccrochant son téléphone : combien de sites auront encore les lumières allumées quand les premières aides tomberont ?



